L’ambition de la Cicatrice Noire

À des lieues de Clar Karond, au milieu d’une immense forêt de pins, se dressait un sinistre édifice elfe noir. Une tour de guet occupée par une garnison de militaires druchii. Et pas n’importe quels soldats : les arbalétriers de la Cicatrice Noire…

Au pied de la tour se trouvait un chantier de bûcheronnage où des esclaves, sales et maculés de sueur, se tuaient au labeur sous la supervision de quelques elfes noirs. Non-loin de là, des soldats profitaient de leur pause pour jouer aux osselets, boire du vin et se raconter des histoires de combat tandis que des charrettes chargées de troncs d’arbre allaient et venaient.

La maîtresse du guet, Asmirah Cicatricenoire, surveillait pensivement la scène depuis la meurtrière de son bureau, situé tout en haut de la tour. Sous les ordres des soldats, les esclaves abattaient péniblement d’énormes arbres avant d’en scier les branches, puis de les décorcer et transporter les troncs vers un entrepôt. De temps en temps, un contremaître druchii galvanisait les esclaves à coups de fouet barbelé pour accélérer la cadence.

Au bout d’un moment, un détachement de soldats revint de patrouille. Tous les jours, des militaires sillonnaient la forêt environnante. Il s’agissait le plus souvent d’éradiquer les créatures dangereuses qui pourraient rôder, ou bien les capturer si possible afin de les revendre aux arènes de Clar Karond. Parfois des patrouilles s’enfonçaient dans la forêt à la recherche d’esclaves échappés. Elle revenaient toujours avec les têtes décapitées des malheureux fugitifs avant de les planter sur des piques, bien à la vue des autres esclaves. Dans le cas où les militaires revenaient les mains vides, cela signifiait tout simplement que les créatures sauvages n’avaient rien laissé du corps hormis des lambeaux de chair et des os ensanglantés…

Asmirah détourna son regard des activités du campement au pied de la tour pour revenir à son bureau. Cela faisait presque un an qu’elle et ses arbalétriers étaient postés en faction ici et la situation était calme. Trop calme. Ses yeux se posèrent instinctivement sur la hache accrochée au mur à côté d’elle. La Mutileuse, l’héritage de la famille Cicatricenoire. Une amère nostalgie la saisit aussitôt. Par trois fois dans sa vie, l’appel aux armes avait retenti à travers Naggaroth, ordonnant aux elfes noirs de partir à la guerre. Par trois fois les géniteurs d’Asmirah avaient envoyé un de leurs enfants répondre à cet appel. Mais Khadarth l’aîné et Ravenek le cadet n’étaient plus là dorénavant. Chacun leur tour, ils avaient succombé sur les rivages d’Ulthuan, fauchés par une lame ou une flèche de haut-elfe. La troisième fois que la guerre appela, il ne restait plus qu’Asmirah, la dernière de la fratrie. Et elle attendait ce moment de pied ferme. Il n’était pas question pour elle de mourir au combat, bien au contraire, elle voulait s’épanouir sur le champ de bataille et se servir de la guerre comme un marchepied pour gagner en statut et en prestige. Elle entendait faire du nom de sa famille un synonyme d’excellence et de gloire martiale. Un jour, ses faits d’armes lui feraient rejoindre les rangs de la noblesse druchii avec les privilèges que cela implique. En attendant, sa carrière de soldat l’avait conduite en Lustrie, à combattre des hommes-lézards et piller leurs temples, puis en Bretonnie, à capturer des esclaves. Sa pugnacité et ses exploits lui valurent d’être promue à la tête d’une compagnie d’arbalétriers nouvellement formée qu’elle avait pour mission d’entraîner et d’aguerrir.

Grâce à ses méthodes et à son intelligence, il ne fallut pas longtemps pour que la réputation des arbalétriers de la Cicatrice Noire soit faite. Sous son commandement, ses soldats avaient fait pleuvoir la mort sur de nombreuses légions ennemies et dorénavant sa compagnie était connue des seigneurs et généraux de Naggaroth. Mais au désarroi d’Asmirah, elle et ses hommes avaient été relégués à un poste reculé, perdu dans la forêt, avec pour mission de faire trimer des esclaves afin d’approvisionner en bois les chantiers navals de Clar Karond. Une tâche indispensable certes, mais bien en-dessous de ses compétences. À ce rythme, elle et ses hommes allaient tout simplement rouiller…

Asmirah entreprit alors de démonter son arbalète à répétition pour l’entretenir et guetter d’éventuelles traces d’usure. Pas qu’elle servait beaucoup ces derniers temps… Elle examina avec ennui le magasin de carreaux et se mit à penser à ses frères qui lui avaient appris à se servir d’une arbalète et à l’entretenir. Kadarth et Ravenek… Ils lui manquaient. Un jour, lorsque le Roi-sorcier ordonnerait un nouvel assaut contre Ulthuan, elle serait là et elle vengerait ses frères en criblant de carreaux autant d’asur que possible.

Ses pensées furent interrompues lorsqu’un soldat vint frapper à sa porte.

« Un message vient d’arriver de Clar Karond pour vous, capitaine. »

Intriguée, Asmirah se leva de sa chaise, ouvrit la porte et prit la missive des mains de son subalterne. Le cachet de cire, représentant une tête de gorgone, lui était inconnu. « Curieux » pensa-t-elle. Elle brisa le sceau et déroula le parchemin en peau d’homme-bête. Tandis qu’elle lisait le message, le soldat resté devant la porte demanda : « Alors, des bonnes nouvelles pour nous ? »

Le sourire qui venait de se dessiner sur les lèvres de sa capitaine lui indiqua qu’il avait vu juste.

La guerre appelait de nouveau.


Les arbalétriers sont à présent tous terminés ! Cela m’a pris du temps et je ne suis pas fâché que ça soit fini, je vais à présent pouvoir passer à autre chose. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir.

Les vingts arbalétriers réunis pour la photo de groupe.

Asmirah Cicatricenoire, la redoutable Maîtresse du Guet.

L’étendard des arbalétriers appelle à la bénédiction de Khaine.
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