Ptahmose franchit les colonnes à l’entrée du temple et traversa la vaste salle sous le regard terne des statues des dieux. Du sang frais coulait goutte à goutte du khépesh qu’il portait au poing, constellant son chemin de taches rouges. Arrivé devant l’autel, Ptahmose reposa entre deux coupelles d’encens l’ankh sacré qu’il tenait dans l’autre main. Fait d’or et serti de pierres précieuses, cet objet magique avait été dérobé quelques instants plus tôt par un voleur étranger qui n’avait pas hésité à profaner le sanctuaire malgré les hiéroglyphes d’avertissements gravés sur les murs. Heureusement, Ptahmose veillait et le voleur n’avait pas eu le temps d’aller très loin avant que le guerrier le retrouve et le passe au fil de sa lame.

Le profanateur avait été châtié et l’ankh sacré avait retrouvé sa place. L’équilibre avait été rétabli. Pourtant Ptahmose avait la curieuse impression que quelque chose clochait. Son regard se posa sur les bandelettes qui recouvraient son torse et ses membres. Il se souvint vaguement que son corps était jadis fait de chair et de sang, comme celui du voleur qu’il avait tué plus tôt. Des souvenirs anciens lui revinrent en tête : il y avait des gens dans ce temple autrefois. Mais pas seulement à l’intérieur de ces murs, il y en avait dans toute la cité. Des prêtres et des officiants, mais aussi des citoyens, des marchands, des nobles et des soldats comme lui. Des hommes et des femmes. Des enfants et des vieillards. Où étaient-ils tous passés ? Le doute l’assaillit mais son esprit se déroba aussitôt. La porte des souvenirs se referma et Ptahmose fut ramené au présent. Il ne devait pas rester oisif, il pouvait y avoir d’autres voleurs et profanateurs dans les parages. Il devait continuer à protéger le temple comme il l’avait toujours fait. La momie du soldat Ptahmose nettoya le sang impur sur son khépesh et repartit surveiller les alentours, répétant la même routine depuis des siècles.


À travers l’histoire d’Horakhis, les soldats les plus valeureux accédaient en grandes pompes à l’éternité. Des rites funéraires spécifiques étaient réservés aux vainqueurs des campagnes militaires et des grandes batailles. Ces élus qui formaient une caste à part dans l’Au-delà recevaient à leur décès un rituel d’embaumement plus sophistiqué que celui réservé aux citoyens ordinaires, presque aussi complexe que celui réservé aux pharaons. Ces techniques avancées de momification garantissait au défunt une meilleure conservation du corps et préservait ses talents martiaux par le biais de charmes et d’amulettes disséminées dans les bandelettes.

Depuis la chute d’Horakhis, des guerriers momies se sont relevés de leurs tombes les armes à la main et n’hésitent jamais à massacrer les profanateurs. Certains de ces morts-vivants patrouillent dans la ville en ruines ou bien s’exercent au combat comme ils le faisaient de leur vivant, tandis que d’autres sont commandés par un seigneur, un noble ou un général qui s’est lui aussi réveillé du sommeil de la mort.


Guerrier momie

M

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6

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Mort-vivant

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